juste la fin du monde


Plus de trois semaines après l’avant-première de Juste la fin du monde à Toulouse, je décide d’enfin prendre le temps de vous en parler et de partager avec vous ce que j’en ai pensé. Il me semble que vous avez été très nombreux à me demander mon avis sur le film à sa sortie, alors l’article est enfin là.

Avant de commencer, je vous invite à regarder la bande-annonce ici et/ou lire le synopsis du film ici.
Toutes les citations entre guillemets ont été récupérées par mes soins et proviennent de l'avant-première du film le 17/09/16 à Toulouse.


Je commencerai par dire que j’ai été très émue de voir Xavier Dolan en chair et en os – ça fait plusieurs années que je suis son parcours, son travail. Je l’avais découvert totalement par hasard avec J’ai tué ma mère (2009) qui avait été diffusé sur Arte, et depuis je n’ai cessé de faire grandir mon admiration pour lui. C’est devenu assez courant, voire assez banal, de le compter parmi ses réalisateurs favoris, mais il me semble qu’il suffit de se pencher sur son travail pour réaliser que si nous sommes autant à l’aimer, c’est parce qu’il est véritablement une des révélations du 7ème art du 21ème siècle. Gaspard Ulliel était également présent à l’avant-première, c’était la surprise de la soirée. Adorable, très à l’aise, simple et gentil, c’était un plaisir de le voir présenter le film et le rôle complexe qu’il interprète dans Juste la fin du monde.


Pour en venir à ce rôle, justement, et surtout à ce film, Dolan est vraiment sorti de sa zone de confort. C’est vraiment très différent de ce qu’il a l’habitude de faire – je crois que c’est son meilleur démarrage en termes de chiffres, pourtant il me semble que c’est aussi celui qui divise le plus, ou en tous cas qui révèle des avis assez inattendus. Pour replacer le film dans son contexte, Juste la fin du monde a été adapté d’une pièce de Jean-Luc Lagarce écrite en 1990. On retrouve un casting, réduit par le nombre mais grand par le prestige : Gaspard Ulliel, Vincent Cassel, Nathalie Baye, Marion Cotillard et Léa Seydoux.

« Louis est un personnage très intérieur, c’est quelqu’un qui reçoit la parole des autres » G. Ulliel

En toute honnêteté, j’ai trouvé les premières minutes très longues, et j’avais l’impression de ne pas aimer, mais le film monte vite crescendo et le résultat est vraiment beau. Les cadrages très serrés le rendent très très oppressant, et j’ai l’impression que c’est un point qui a beaucoup gêné certaines personnes, mais ils reflètent parfaitement l’enfermement de chaque personnage. Le pari est donc vraiment réussi en termes de mise en scène, surtout quand on sait qu’au début du tournage, Dolan n’avait pas prévu des plans aussi rapprochés. Toujours au niveau de la mise en scène, je retiens deux scènes magnifiques, que j’espère pouvoir très vite trouver sur youtube afin de les partager avec vous. L’une d’entre elles est sûrement la plus belle jamais filmée par Dolan. Et je pense notamment que son usage de la musique, toujours aussi particulier (que j’aime adore et vénère), participe à cette atmosphère si atypique et ce décuplement des sensations.


                                       « Il arrive que Xavier laisse la musique tourner 
                                       pendant les scènes, je sais pas comment l’ingé son 
                                       gère ça.
                                       - Il me déteste. »

Au niveau du jeu d’acteurs, vous savez peut-être que je ne porte pas Léa Seydoux dans mon cœur. Malgré ça, j’étais vraiment disposée à être surprise ; j’espérais que Dolan réussisse à lui faire donner le meilleur d’elle-même. Mais mon avis est sans appel et je l’ai vraiment trouvée catastrophique. A qui la faute, je ne saurais pas dire, j’imagine que son jeu devait convenir, au moins à Dolan, mais je l’ai trouvé comme à son habitude dépourvue de naturel et d’émotions. Le déclic ne sera pas pour ce film. Le reste du casting est vraiment excellent, avec une mention spéciale pour Marion Cotillard que je trouve majestueuse, et qui avait selon moi le rôle le plus compliqué. On a pu lire bon nombre de réflexions sur le jeu d’acteurs général dans le film ; c’est la première fois que Dolan ne s’entoure pas d’acteurs québécois, une grande différence qui se remarque tout de suite et qui change indéniablement la tonalité du film. Mais il faut également noter qu’en adaptant la pièce de Lagarce, Dolan a désiré la reprendre mot pour mot, sans opérer le moindre changement afin de l’adapter à son propre style de dialogues par exemple. D’où un film très différent des précédents, et des scènes parfois un peu curieuses à écouter pour le spectateur. On sent que c’est parfois un peu compliqué pour certains acteurs, qui au final relèvent bien le défi, mais cela ne justifie toujours pas (pour moi) le cas Léa Seydoux (désolée pas désolée).

« Ce sont tous des personnages qui ont des fêlures, 
qui sont brisés et qui cherchent une réparation quelconque. » 
X. Dolan

La séance s’est terminée par une session questions-réponses avec Dolan et Ulliel, j’ai littéralement bu toutes leurs paroles – écouter un de ses réalisateurs préférés parler n’est-il pas une expérience indispensable dans sa vie ? Dolan a expliqué quelque chose de très intéressant à propos d’une certaine chronologie dans ses films. J’aurais aimé me rappeler des mots exacts, mais de manière générale, il disait que si on regardait tous ses films, on observait une réelle chronologie au niveau du personnage principal, avec Juste la fin du monde qui serait comme la fin d’un cycle. Sans vous énumérer toute sa filmographie, on observe le vieillissement du personnage principal au fil des films, et vous comprenez pourquoi Juste la fin du monde est alors la fin de ce cycle.

Il s’est également passé quelque chose de très intéressant. Une spectatrice sourde et muette a assisté à la projection et a souhaité partagé avec lui son ressenti à la fin du film. Elle a dit qu’elle avait donc reçu le film de manière très différente, mais que malgré tout, elle avait senti des forces qui s’opposaient ; sûrement dans la mise en scène, les regards, les couleurs. Dolan a été très ému par cette observation, et lui a répondu : « finalement, peut-être que vous êtes la mieux placée pour recevoir le film, car au fond c’est l’histoire de gens dont les mots n’ont pas beaucoup d’importance ».

En toute honnêteté, Juste la fin du monde n’est pas mon nouveau film préféré de Dolan, mais indéniablement, des énergies très particulières s’en dégagent. Il est impossible de nier les aptitudes de mise en scène de Dolan qui retransmet très justement l'enfermement des personnages, qu'il soit verbal ou physique, et leur incapacité à communiquer. Malgré l’éloignement par rapport à ce qu’il fait d’habitude, il y a toujours cette touche d’unicité qui lui est si propre, sa façon si brute de mettre en scène des sentiments refoulés et des relations complexes. Les avis sont toujours très tranchés à son sujet, c’est quelqu’un que l’on adore ou que l’on déteste. Actuellement la mode est plus à l’aversion : on aime bien le détester, pour ce qu’il est, ce qu’il fait, ce qu’il montre. Je n’ai jamais bien compris cette animosité envers un être aussi libre et aussi honnête ; je n’ai jamais compris non plus ces reproches qui lui sont faits : narcissique ? prétentieux ? hyper-sensible ? je pense que Dolan a au moins l’audace de se montrer tel qu’il est, qu’importe la notoriété, qu’importe la situation. En l’entendant parler, on se rend compte à quel point il a conscience de ce qu’il est, ses défauts comme ses qualités. Je pense que c’est une véritable force dans le métier qu’il exerce, et que c’est ce qui lui permet d’être aussi juste dans tout ce qu’il réalise.

« Au fond c’est l’histoire de gens dont les 
mots n’ont pas beaucoup d’importance. »
X. Dolan

affiches coréenne réalisées par AT9 FILMS.

Je m’arrête là pour cette « petite » review. Il y a certains détails sur lesquels je ne m’attarde pas trop, parce que je crois que c’est déjà assez long, mais sachez que je serais vraiment ravie de discuter du film avec vous, plus en détails, que ce soit sur twitter ou en commentaires. Si vous l’avez vu, n’hésitez pas à partager vos impressions, le tout sans spoiler évidemment. Je m’excuse pour la longueur de cette « critique », mais un film de Dolan valait au moins ça.


lillysteria

10 commentaires

  1. Excellent article, tu écris extrêmement bien, les citations sont très cool. Personnellement, j'ai été déçu du film sans le détester j'ai l'impression qu'il manquait de contenu ou de profondeur pour me faire accrocher à l'histoire. À l'inverse j'ai adoré la mise en scène (même les gros plans à outrance) et les acteurs (surtout Marion Cotillard) mais je sais pas pourquoi je sens que j'aurai préféré/adoré en tant que pièce de théâtre. Bonne soirée! Hâte de lire tes futures critiques!

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    1. merci beaucoup c'est adorable ! je pense que c'est justement pour ça que les adaptations de théâtre au cinéma sont délicates, parfois c'est un peu compliqué. à l'occasion j'aimerais beaucoup voir ce que ça donne au théâtre aussi ! en tous cas merci beaucoup :)

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  2. Beaucoup de love sur ton article et j'ai beaucoup trop aimé ce film, les citations et tout, c'est hyper cool

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  3. J'attendais cet article avec impatience et je suis trop contente qu'il soit enfin là ! Il est vraiment très bien écrit et présenté (et j'aime beaucoup les affiches). J'adore ta sincérité et je trouve que tu trouves toujours les bons mots. Après avoir vu le film je ne savais même pas quoi en penser, si j'avais aimé ou pas. Au final je pense que c'est sa particularité qui fait son charme mais toi tu en parles tellement mieux ! Merci encore pour cet article formidable.

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    1. ravie qu'il te plaise autant, merci beaucoup ! les affiches de AT9 films sont toujours au top, ils avaient déjà fait ça pour Mommy, elles étaient trop belles. je pense que tu as totalement raison en disant que c'est sa particularité qui fait son charme :) je trouve que ça s'applique bien à Dolan aussi. merci à toi et bonne soirée !

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  4. Un article qui fait du bien, l'écriture et la retranscription de tes ressentis sont particulièrement bien transmit.
    Je te rejoins sur l'ensemble de l'oeuvre, c'est un film qui au début nous laisse perplexe et qui nous attrape à la fois très vite. Le jeu des acteurs et notamment celui de Marion Cotillard et de Gaspard Ulliel est superbe, j'émets une certaine réserve aussi sur Léa Seydoux ainsi que Vincent Cassel. L'exubérance et la particularité du rôle de Nathalie Baye est plutôt surprenant et agréable, comme l'ensemble des rôles de mères dans les films de X.Dolan.
    Effectivement dire qu'aujourd'hui X.Dolan est l'un de nos réalisateurs fétiches est une chose banale, mais en même temps pour ne pas reconnaitre le talent qu'il incarne faudrait être idiot. Comme tu dis, "X.Dolan soit on l'aime, soit on le déteste".
    Moi je bois ses paroles et chacune de ses interventions sont toutes aussi riches les unes que les autres.

    Pour moi aussi ce n'est pas mon meilleur film de Dolan, mais il s'inscrit indéniablement et indéfectiblement dans les oeuvres talentueuses qu'il réalise.

    Bonne soirée.

    Simon.

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  5. Très bel article!
    Je n' ai pas encore vu le film mais ta critique m' intrigue beaucoup ahah!

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  6. Salut, comme tu m'as bloqué sur Snapchat et twitter. J'ai pas trop d'autre choix pour te montrer mon dernier tweet. (Dont je suis pas peu fier d'ailleurs !) https://i.imgur.com/yDwr3Mj.png

    Allez, déso pas déso de te pourrir tes commentaires.
    Bisous !

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  7. salut !
    ça n'a rien a voir avec l'article mais comme tu en parles des fois sur twitter : tu ne voudrais pas faire un article où tu présentes des youtubeurs pas trop connus/originaux que tu aimes ? ça pourrait etre cool :)

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